Après les cris, une simple balade à vélo, dans les prairies, sur les sentiers.
Et Catherine.
Cette voisine qui se mêle de tout ce qui ne la regarde pas, qui frôle la vie parfaite avec ses deux enfants qui vont à l'école tous les matins comme des zombies et reviennent le soir prendre leur dîner.
Avec leur père.
Les vrais dîners de famille. Pas ceux où tu reçois des pluies de reproches. Pas ceux où les averses de colère remplissent ton esprit. Les vrais.
Pendant que nous, famille à problèmes, on sort de notre maison, mine de rien. On fait semblant que tout va bien, alors qu'à l'intérieur, les guerres s'enchaînent. Une à une.
Mes mains bleues.
Le visage en miettes.
Tel un miroir brisé.
Même moi, je mens.
Vous mentez tous.
Rien ne va, bande de menteurs.
MENSONGE !
J'avais envie de lui balancer ça à la figure, à cette chère Catherine. Mais à chaque fois, il est davantage question de protéger l'image que d'aller bien.
Alors non, Catherine. Ça ne va pas chez nous. Les bruits et les cris que tu entends sont réels. Ils ne viennent pas de ton imaginaire.
La vie parfaite vient de l'abstrait.
Le mot ''parfait'' est une mascarade.
Et celle qui tape dans ton mur, c'est moi.
Celle qui se penche un peu trop à la fenêtre, c'est moi.
La zombie que tu vois sortir, prendre ses rollers et avancer le regard vide, les yeux creusés, c'est aussi moi.
Promis je fume pas.
Je suis juste une insomniaque.
Une insomniaque qui passe devant les maisons la nuit.
Et non je n'ai pas de machette.
Oui, c'est moi, l'ombre qui traverse le quartier.
C'est moi dont tes enfants ont si peur quand ils regardent par leur fenêtre la nuit.
Je porte ce pull noir et ces baskets trop grandes pour moi.
La nuit est mon seul refuge.
Mon refuge de zombie.
Et vous, vous continuez à jouer à la famille parfaite.
Cette illusion que tout va bien chez vous.
Dites-nous la vérité : votre famille est parfaite ?
Ma vie est imparfaite ?
Alors arrêtez de mentir, s'il vous plaît.
Vendu du rêve.