Cher journal,
Voilà 17 (?) jours que tu subis mes pensées.
Il faut bien que je t'explique ton utilité et le sens même de ton existence.
Eh bien, avant toi, j'avais un journal en papier. Classique.
J'y écrivais mes mots et mes maux.
J'y faisais aussi des collages.
C'était un journal d'ado banal. Avec des colères, des sentiments, des joies et mes interminables pensées circulaires de 5h du mat.
Le mien parlait souvent du passé.
J'avais une sœur.
Tu comprendras vite pourquoi je parle d'elle à l'imparfait.
J'avais une sœur en qui j'avais une confiance aveugle.
J'avais une sœur qui me souriait, m'encourageait à écrire.
Elle disait que ça avait un effet thérapeutique, que ça pourrait m'aider à me sentir mieux.
Moi, qui suis très crédule, je l'ai crue.
Alors j'ai écrit.
J'ai rempli ce cahier de maux, d'encre et de larmes séchées. Pendant des mois et des mois. Je commençais à me sentir mieux. Puis arriva ce 27 septembre.
Mon << frère >> fugue.
Ce soir-là, je fouille dans ses affaires à la recherche d'une possible lettre d'adieu, qui expliquerait sa fugue. Et je trouve des morceaux assez embarrassants de mon journal.
Alors je déchire mon journal.
Tout cela n'était qu'illusion.
Plus tard, on retrouvera mon <<frère >>
Apparemment, j'étais responsable de sa fugue.
"J'avais tenu des propos déplaisants sur lui dans mon journal."
Il s'avère que c'était ma <<sœur >> qui avait photocopié mon journal pour conserver des preuves. Elle avait sorti mes paroles de leur contexte.
Et la prochaine personne à qui elle comptait les montrer, c'était mon frère aîné.
J'ai aussi appris que ma mère lisait mes écrits depuis deux mois.
Je t'épargne le chaos qu'il y a eu à la maison.
Mais après ça, je n'ai plus jamais pris de papier pour y déposer mes pensées.
Ou du moins, je ne les ai plus jamais gardées. J'écrivais, puis je jetais.
Au jour d'aujourd'hui elle utilise encore les infos pour se foutre de moi.
Voilà pourquoi tu existes.
Au moins, ici, je peux écrire sans avoir à me demander si quelqu'un finira par divulguer mes pensées. Elles sont déjà publiques.
Alors… écrivons.