Il y a quelque chose que je n'arrive pas à regarder trop longtemps. Parfois, j'ai l'impression de reconnaître quelqu'un sans me reconnaître moi-même. C'est pas vraiment de la douleur, je dirais que c'est plus une étrangeté silencieuse.
Un peu comme si mon reflet avait appris à être moi bien avant que je ne puisse lui dire qui je suis.
Depuis, je pense que je dois m'habituer. À mon corps, à mon prénom, à la façon dont les autres me voient. À toutes ces petits choses qui leur semblent naturelles mais qui, pour moi, me demandent parfois un effort énorme.
Le pire, c'est que ce n'est pas quotidien. Il y a des jours où j'aime bien correspondre à la manière dont ils me voient.
Je me suis dite que c'était normal de ne pas aimer certaines parties de moi. Tout le monde a des complexes, n'est ce pas ?
Alors j'ai essayé de ne pas y penser, mais il y a des moments où j'ai imaginé une autre version de moi.
Pas forcément belle, pas forcément parfaite....juste...plus juste.
Et cette pensée le fait à la fois respirer et paniquer. Parce que si cette version de moi existe vraiment quelque part en moi, qu'est ce que ça dit de la personne que j'ai prétendu être jusqu'ici ?
Je ne sais pas appeler ce que je ressens et je n'ose même pas chercher trop longtemps.
J’ai peur de trouver un mot qui expliquerait tout, parce qu’alors je ne pourrais plus faire semblant de ne pas comprendre.
Faire semblant c'est plus simple.
Je continue d'utiliser les mots qu'on attend de moi. Je souris quand quelqu'un m'appelle comme ça. Je fais semblant que ça ne me dérange pas.
Et parfois, le soir, quand je me retrouve seule, j’imagine simplement entendre mon vrai prénom (lequel ?) dans la bouche de quelqu’un.
Et pendant quelques secondes, tout semble enfin à sa place.
Puis je me rappelle que ce n’est que mon imagination.
Et j’ai honte d’avoir été soulagé.