Je n’aurais jamais dû faire des maths avec mon père.
Jamais.
Il devrait y avoir une loi contre ça. Une vraie. Parce que ce qui s’est passé, ce n’était pas de l’aide, c’était une claque déguisée en pédagogie.
Les larmes coulaient déjà depuis longtemps. Dix minutes ? Plus ? Je ne sais plus. Le temps s’était dissous dans le sel sur mes joues. Et au milieu de ça, il a lâché ses mots. Simples. Froids. Violents.
« Tu ne veux pas comprendre. »
Comme si je choisissais d’être nulle.
Comme si je préférais pleurer plutôt que réussir.
Alors je suis partie.
Je me suis enfermée dans ma chambre.
Et j’ai explosé.
J’ai pleuré jusqu’à ce que mon corps lâche. Le sol tanguait, mes jambes ont cédé, je suis tombée. En vrac. Recroquevillée sur moi-même. Petite. L’air ne passait plus. Chaque respiration brûlait.
J’ai attendu que ça se calme.
Parce que je n’avais pas le choix.
Ça s’est calmé.
Pas moi.
Les mots tournaient encore.
Tu ne veux pas comprendre.
Encore.
Encore.
Bordel, je donnerais tout pour des notes.
Vraiment tout.
Pas parce que j’aime ça. Pas parce que ça me rend heureuse. Mais parce que les notes sont devenues la seule preuve que je vaux quelque chose. Des chiffres pour justifier mon existence.
Je sacrifierais mes nuits, mon calme, ma santé mentale. Je le fais déjà. À chaque évaluation, mon cœur s’emballe comme si ma survie en dépendait. Comme si un contrôle décidait si j’ai le droit d’être fière de moi ou non.
Et comme si ce n’était pas déjà assez dur de me battre contre moi-même, il y a son regard.
Le désespoir.
La déception.
Dans ses yeux, quand je lui dis que je ne prendrai pas de spécialités scientifiques.
Comme si je lui annonçais un échec définitif.
Comme si je fermais moi-même la porte d’un avenir “valable”.
Et encore pire quand je dis que je veux être prof.
Prof des écoles.
En primaire.
Comme ma mère.
Lui est prof de sport au collège. Il connaît l’école, les élèves, le système. Alors peut-être qu’il a peur. Peut-être qu’il pense au salaire, à la fatigue, au manque de reconnaissance. Peut-être qu’il projette ses propres combats sur moi.
Mais dans ses yeux, ce que je vois surtout, c’est que ce rêve-là ne suffit pas.
Qu’il n’est pas assez prestigieux.
Pas assez brillant.
Alors que pour moi, ça veut dire aider. Comprendre. Être la prof que j’aurais aimé avoir quand je paniquais devant une feuille.
Mais pour lui, j’ai l’impression que ça veut dire renoncer.
Alors je me sens coupable.
Coupable de ne pas être ce qu’il espérait.
Coupable de ne pas aimer ce qui me détruit.
Coupable de vouloir une vie qui me ressemble plutôt qu’une vie qui impressionne.
Je donnerais tout pour être “assez”.
Assez intelligente.
Assez brillante.
Assez fière à regarder.
Je n’ai jamais eu besoin qu’il me dise clairement “sois exigeante”. Je l’ai absorbé. J’ai grandi avec cette idée qu’il fallait toujours faire mieux, toujours viser plus haut, ne jamais se contenter de ce qui est déjà très bien.
Alors je suis devenue exigeante envers moi-même.
Trop.
Même un quinze ne suffit pas.
Même un dix-sept laisse un goût amer.
Même une moyenne à 17,66 n’efface pas la sensation d’échec.
Parce que quand on a toujours été “la fille aux excellentes notes”, on n’a plus le droit de flancher. On n’a plus le droit d’être fatiguée. On n’a plus le droit de dire que ça fait mal.
Et aujourd’hui, je ne vais pas bien.
Pas malgré mes notes.
À cause de ce qu’elles représentent.
Les profs du lycée disent que c’est excellent.
“Très bon trimestre.”
“Élève sérieuse.”
“Rien à signaler.”
Mais personne ne voit la pression.
Personne ne voit la peur de décevoir.
Personne ne voit l’angoisse avant chaque évaluation, même quand les résultats sont là.
( désoléw j'ai un peu bcp écriis hehe)