T’es passée où ? La fillette. Elle était là, tu sais. Tout doucement, calmement. Près de moi. Cette petite brunette, des lunettes sur la tête.Cette enfant, pleine de joie et d’amour, celle qui aujourd'hui, est partie. Comme un nuage de fumée, tel la dernière note d’une chanson.
C’est toi. C’est moi. C’est nous.
C’est juste la marque du temps.
Tu sais, je sais pas par ou commencer. Elle s’est arrêtée quand l’enfance ? Je sais pas, et tu sais quoi, partons dans le désordre. C’est peut être brouillon, mais on s’en fout ? La gamine à qui je parle … C’est moi ? Non ? Parce qu'elle a tellement changé.
Tu sais, c’est mon anniversaire aujourd’hui. Et j’ai 13 ans. Je suis une ado maintenant. Même si comparée à d’autres, je suis encore petite dans leurs yeux.
Tu sais, cette lettre me fait pleurer. Je t’écris, et les notes de Sia se faufilent dans ma tête. La musique. Oui, je vais commencer par ça. Elle nous a construit. Depuis petite, on l'écoutait, Les Frangines, Les Beatles, Clara Luciani. C’est papa qui nous a plongés dedans.
En parlant de papa, il a presque sorti son album. Ça fait trois ans qu’il y travaille. J’aime beaucoup ses textes. Ils sont forts, comme un coup de poignard.
Maintenant, j’écoute Olivia Rodriguo, Hoshi, Suzanne. D’autres goûts, mais je suis restée fidèle aux vieilles chansons. Françoise Hardy me fera toujours chialer, France Gall sera toujours notre essence même.
Tu sais, c’est l’écriture qui m’a sauvée. Sauvée de quoi ? Allez, fais pas semblant. Tu le sais. Non ? Ou t’es partie direct, et c’est moi qui ait dû prendre le relais. Nan. T’aurais pas fait ça, hein ? Dis moi que c'est faux. Que je n'ai pas dû grandir aussi vite.
T’avais 8 ans ! Me dis pas qu'à 8 ans notre âme d’enfant est partie ? Dis le moi.
Je vais donc te le rappeler au cas où. Y’a eu le divorce. C’est bon, ça te revient en mémoire ? Oui ? C’est le moment où tu t’es brisée, et la fissure s’est étendue sur moi. Elle me hante encore. Il m’arrive encore de pleurer, seule, dans le noir.
Puis nos parents se sont remis avec d’autres. Deux ans plus tard. Tu sais, le copain de maman, tu l’as découvert sur son tel, tu jouais le soir. T’as eu la bonne idée de fouiller la galerie. Et t’as essayé de te faire vomir, puis t’as chialé. Maman n'est pas venue, de toute façon t’aurais dit quoi ?
A l’école tu ne souriais plus. Je crois que c’est le moment où je suis apparue. Un entre deux. Une quoi ? Ado ? Non, trop tôt. Enfant ? Non plus. Enveloppe vide. Brisée. Oui.
Mais le pire c’est notre frère. Nous, on se réfugie dans la colère. Car c’est plus facile de casser que de se réparer. Ça fait un bien fou d’hurler. Sur tout le monde. Sur nous. Et si un jour j’ai plus rien à briser, c’est là que je serais guérie.
Edgar, lui, c’est une ombre. Il est plus celui d’avant. Tu sais, le gamin optimiste qui t’énervait. Celui qui souriait un peu trop fort. Il est rongé par la maladie, une putain de maladie qui lui tord le ventre. Pas grave, mais douloureuse. Mon frère me manque.
Je te disais donc que l’écriture est apparue à un moment où je croyais que tout était perdu. À l’école, ils demandaient des petites histoires de fantasy. J’ai passé des mois à la peaufiner.
Je me suis inscrite ici. Sur Adoasis. J’ai rencontré des personnes merveilleuses. Et je compte pas partir.
Une de ces merveilleuses personnes m’a conseillé Wattpad. Et j’y passe tout mon temps. Peut être que des personnes prendront le temps de lire ce que j’écris, car je le fais avec mon âme. C’est pas rare que les larmes coulent sur le clavier.
Et cette année, c’est le bordel. Tout change. Mon corps fait des siennes. Les insomnies gâchent mes nuits. J’dois me bourrer de médocs pour 10 heures de sommeil.
J’ai pas de vraies amies. Juste des meufs toxiques. Sauf deux. Et Anna.
Anna …
T’étais sûre que ça serait à jamais ta meilleure amie. Tu imaginais la marraine de notre enfant, et inversement. Et bien t'avais raison. Dix ans. Dix ans, qu’on a pas été dans la même ville. Et … on la retrouve l’année prochaine. T’as entendu ? On la retrouve !
Tout ça, c’est des notes parfaites, des entretiens, des examens. Pour la revoir. Une partie de ma guérison.
J’avoue, je veux partir pour échapper à cette école. Elle va nous manquer ? Un p’tit peu. Presque pas.
Pour finir, je vais te parler de mon rêve. Car il ne t'appartient pas. Pas à la fillette. Car elle existe plus. C’est juste un rêve qui m’a rendue vivante et m’a tuée. La danse. Je veux danser … Je voulais danser. Pro, je veux dire. Mais j’ai fait des stages. J’ai vu que des filles de 8 ans étaient meilleures que moi. Et que jamais, je ne pourrais faire de danse-études. Ça m’a brisé. Parce que j’avais tout donné. Et puis peut-être que je suis faible, mais j’ai abandonné.
Plan B. La cuisine. J’aime bien. Et c’est ça le problème. Bien. C’est pas explosif. Ça ne me rend pas vivante. Mais c’est toujours mieux que de passer sa vie dans des bureaux de verre. Pas vrai ? Mais quand je me dis que je ne ferais jamais ce que j’aime. C’est pour ça que je t’en veux. D’être partie aussitôt, me laissant en réfléchissant trop vite au futur.
Tu sais, j’ai peur. J’ai peur de grandir. Je n'ai pas envie d’aller au lycée. De faire des études, de me marier. Je veux rester une ado. J’ai peur d’avancer. Je suis déjà nostalgique de toi, petite fille.
Tu sais, je vais m’arrêter là. Tu auras compris le plus important. Me laisse pas. Pas vraiment. Continue d’exister à travers moi, prends soin de notre famille, soit heureuse.
Iris