Le foyer est vide.
La cheminée est éteinte.
Le vent souffle à travers la fenêtre de l'appartement b1, appartement au 33 rue des flammes de Belcher.
A travers l'interstice des volets on aperçoit l'intérieur : une cuisine, un bureau, une chambre, une salle de bain, un salon et le seul petit luxe que la propriétaire s'est autorisé, un petit atelier secret dont la porte est fermée. L'essentiel qui ne l'est pas .L'endroit n'est ni laid, ni sale, ni poussiéreux mais… vide. Vide de vie, vide de sens, vide d'un petit quelque chose qui change tout. Quelques livres pour remplir les étagères. Quelques tapis pour combler le vide du parquet. Quelques photos pour donner l'illusion.
Une façade, un cadre, une photo de magasine.
Cette maison c'est celle de Violette. Violette qui rentre fatiguée tous les soirs.
Violette qui part sans sourire tous les matins.
Lassée des amis qu'elle n'a pas.
Lassée de cette vie dont elle ne veut plus.
Un soir elle rentre du boulot et comme d'habitude : elle enlève ses chaussures, accroche son manteau et se précipite dans son atelier, son seul havre de paix.
Sort une palette, une toile, un verre d'eau, un pinceau.
Une routine méthodique, un geste que le cerveau n'a plus besoin de coordonner.
Elle prend le pinceau dans sa main et puis…
Rien
Violette ne voit rien.
C'est la première fois.
Jusqu'à aujourd'hui la peinture était toujours fourmilante d'idées, de nouvelles envies à raconter, de nouvelles choses à dessiner, de nouvelles émotions à exprimer.
Mais voilà violette est devenue comme un de ces vieux livres posés sur une étagère poussiéreuse d'une bibliothèque qu'on ne touche jamais.
Ses toiles sont comme sa vie : vide
Cette nuit-là en s'écroulant dans son lit, Violette réalise que rien ne la retient.
Cette nuit-là elle rêve qu'elle fait le tour du monde avec sa peinture.
Cette nuit là une étincelle se crée au milieu du vide.
Si minuscule que cela lui parait ridicule. Pourtant la flammèche s'aggrandit. Les semaines passent et violette ignore toujours la flammèche qui est désormais devenue une belle flamme. Elle essaye a maintes reprises de la noyer à coup de logique et de culpabilité, de faux espoirs et de peur. Mais rien à faire c'est une flamme qui ne s'éteind pas .
Le lendemain Violette s'est décidée.
Elle fait ses bagages
Alors voyons voir six pinceaux, trois grands carnet de croquis, une dizaine de toiles, cinq palettes. C'est bon, elle est prête.
Elle réunit ses économies, vend son petit appartement et avec, achète un camping-car.
Elle fait ses cartons sans regrets, des cartons remplis de tous les objets qu'elle va donner, de tous les vêtement qui ne lui ressemblent plus, de tous les cds qui ne sont plus à son goût. Dans ces cartons elle met cette vie qui ne sera bientot plus la sienne.
Elle n'a gardé que peu de choses, quelques habits, quelques boites de conserve, son porte-monnaie qui lui paraît soudain beaucoup plus léger, une trousse à pharmacie, son téléphone, une photo de sa mère, une de son chien.
Ce soir là pour la première fois depuis des mois, violette se couche en espéant demain.
Le lendemain la voilà parti avec son kit de survie.
Comme phileas phog mais avec un camping car et du wifi.
Violette s'enflamme ; son étincelle et maintenant un brasier.
Et elle est plus que déterminée.